LE POT AUX ROSES

Quelques jours après, c'était le Mardi gras. Dès le dimanche précédent, le premier jour des vacances, Lucette était revenue de Vasceuil à la maison et elle avait annoncé, pour cet après-midi, l'arrivée en auto de mes parents. Aussi, la veille, ma grand'mère avait minutieusement préparé la pâte à crêpes. Elle l'avait laissée reposer sur la table qui se trouvait devant la cheminée de la grande chambre. Et, tout de suite après le repas de midi, elle s'était activement mise à empiler, dans une assiette au bout du fourneau, ses délicieuses gâteries. Elle ruisselait de sueur et pétillait de joie. Elle avait terminé et nous attendions. 

Enfin, par la fenêtre, nous voyions surgir au fond de la cour voisine l'auto. Bien vite en sortaient, heureux et nous saluant de loin, ma mère et mon père. C'est alors que Lucette avait cette idée qui me parut mirifique: "Si nous cachions les crêpes !". Ma grand'mère souriait, sceptique. Mais, déjà, nous courions les dissimuler sous notre lit. Et, mes parents entrés, nous tous de leur répéter, le sourire au coin des lèvres et des yeux:
"Vous avez trop tardé: nous avons tout mangé !". Evidemment, ils ne pouvaient être dupes d'une telle invraisemblance, mais il fallait nous démasquer. Ma gourmande de mère furetait donc partout, humait de toutes ses forces et finissait tout de même, fière d'elle, par découvrir le pot aux roses. Tout le monde n'en était que plus joyeux et n’en appréciait que mieux la savoureuse collation au bon cidre bouché. Cela valait bien un petit mensonge, sans doute •••

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