FARANDOLES ET CABRIOLES

Et je sortais à peine de la chambre que j'admirais une nouvelle fois aussi les deux petits tableaux encadrés de bois qui, dans la salle de séjour, au-dessus de la porte que je venais de passer, avaient été accrochés l'un à côté de l'autre. L'un des deux figurait, au loin, un châtelet avec son parc et, tout près, une balustrade et des buissons. Alors j'imaginais, par-devant et sur la gauche, un vaste bois. Et, à l'orée, dans une petite clairière doucement ensoleillée, sur un tapis de rameaux fraîchement coupés, dansaient en rond de vives et joyeuses fillettes. J'entendais qu'elles chantaient: "Nous n'irons plus au bois: les lauriers sont coupés… ". C'était un merveilleux rêve.


L'après-midi de ce jour ou de quelque autre qui suivait m'apportait l'une des plus excitantes sensations qu'enfant, je vécus. Pris d'un immense fou rire, dans une très haute poussette en bois, je me trouvais précipité contre le bout des bottes de blé qu'on venait d'engranger sous le hangar, au fond de la cour voisine. C'était Micheline qui, de tout son cœur et pour m'amuser, lançait ainsi son petit frère dans le monde des souvenirs.

espace privé