Du social

PREMIÈREMENT, LES PLUS DÉMUNIS

Certes, il suffirait de réfléchir un peu avec son cœur, et rien ne serait à expliquer de ce qui va suivre. Mais, enfin, on peut tout de même rappeler que ce qui va suivre n'est, en fait, que la pure application de toute une série d'injonctions, constitutionnelles mêmes.
Tout d'abord, de la Constitution actuelle elle-même, en son préambule, à l'alinéa 1 :
«Le peuple français proclame solennellement son attachement aux droits de l'Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu'ils ont été définis par la Déclaration de 1789 confirmée et complétée par le préambule de 1946. »
Or voici ce que stipule cette Déclaration de 1789, en son article 21 :
«Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler. »
Or voici ce que stipule le préambule de cette Constitution de 1946, aux alinéas 10 et Il :
«La nation assure à l'individu et à sa famille les conditions nécessaires à son développement. Elle garantit à tous, ... , la protection de la santé, la sécurité matérielle; le repos et les loisirs. Tout être humain, qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler, a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence. »
Or voici ce que stipule, enfin, la Déclaration universelle des droits de l'Homme (publiée au Journal Officiel même, le 19 février 1949), en ses articles 22, 23 et 25 :
« Toute personne ... a le droit à la sécurité sociale. Elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits écono¬miques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité ... »
« Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, ... , à la protection contre le chômage ... Quiconque travaille a le droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine, et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. »
« Toute personne ... a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »
Alors partons du bon pied, et voici donc nos propositions minimales.
Progressivement, de manière à éviter toute inflation, sera versée une rémunération minimale nette mensuelle, et, pas d'hypocrisie, universelle, atteignant les 7 000 F au moins, et, inflation non compnse. Pour l'exemple, et parce que c'est normal, seront revalorisées les rémunérations publiques les plus faibles, et dans la mesure où elles le sont.
Dans la mesure où il ne dispose pas de revenus, sans absolument aucune formalité à remplir, sera accordée à tout demandeur d'emploi, une indemnisation au moins égale à 90 % de la rémunération minimale.
Dans la mesure où, pour quelque raison que ce soit, âge, handicap, maladie, etc., il est empêché de travailler, et dans la mesure où il ne dispose pas de revenus, tout résident bénéficiera d'une aide au moins égale à la rémunération minimale.
Dans la mesure où il ne dispose pas déjà de revenus correspondants, pour chaque personne à charge sur le territoire national, « mineur », hospitalisé externe, ... , tout résident bénéficiera d'une allocation au moins égale au 1/3 de la rémunération minimale.
Ainsi aurons-nous, simplement du reste, satisfait aux exi¬gences mêmes des principes énoncés.

ET VOILÀ LA REPRISE.
ET VOILÀ LA PAIX SOCIALE

En effet, accordant la justice, nous ferons d'une pierre 2 coups. Que dis-je? 2 coups? 2, 3, 4, une multitude de coups.
D'abord, insufflant désormais dans l'économie un argent qui, actuellement, se perd en futilités, nous la ferons redémarrer. Et nous la ferons redémarrer d'autant mieux que, rebondissant d'agents économiques en agents économiques, cet argent, il se multipliera. Et, mieux encore, parce que, provenant à l'origine de consommateurs pauvres, il se multipliera normalement dans le meilleur sens qui soit, à savoir, vers l'acquisition de biens et services utiles.
Ainsi, d'une part, en ce monde prétendument civilisé, se feront moins nombreux ces gens qui ne connaissent que les valeurs-refuges inertes ou les spéculations aberrantes, et, d'autre part, se feront plus rares, ces misérables qui, las de courir de bureaux en bureaux, désespérés, vont se laisser mourir de froid dans quelque encoignure de murs ou ailleurs.
Ainsi nous n'aurons plus cette inepte, cette absurde situation, d'un monde rempli d'innombrables besoins, et des plus nécessaires, et, en même temps, pourvu de bras inemployés, qui ne demandent qu'à travailler. Ensuite, forcément, tout ce nouveau monde pourvu d'argent, il transformera les ghettos qu'il habite en cités moins malheureuses. Et, au lieu d'avoir des quartiers délabrés, et dangereux, ces goulags du libéralisme, des transports publics et des voies publiques, où le dénuement, l'oisiveté se muent en gangstérisme, nous aurons des personnes occupées et quelque peu nanties tout de même, qui s'intéressent à ces domiciles convenables qu'elles auront pu maintenant s'offrir.
Enfin, si l'on veut, car il y aurait encore bien d'autres choses à dire, au lieu d'avoir une marmite qui explose sous la pression, ou, pis, tout un peuple qui, comme vers les années 1930, parce qu'il ne voit plus d'autres issues, se jette dans les bras de quelque fascisme, nous aurons, au contraire, car les droits économiques conditionnent les droits de l'Homme, un renouveau de liberté civique. Bien le comprendre: des droits sans argent, c'est un leurre, c'est une plaisanterie, une mauvaise plaisanterie.

ET VOILÀ MÊME LA FIN
DE NOMBREUX AUTRES SOUCIS

Et déjà, du fait d'un certain changement de situation.
En effet, actuellement, le chômage des uns, c'est un peu l'es¬clavage des autres, de ceux qui comme on dit, ont la chance d'avoir un boulot. En effet, sous la menace d'être « viré» que ne ferait-on pas? Et, certains, beaucoup même, cherchent à en profiter. Et l'employeur se retrouve avec les pleins pouvoirs. Au contraire, désormais, non seulement le chômage se résorbera, mais, même en cas de rare licenciement, au moins l'employé sera toujours sûr, et pour tout le temps de son inactivité, de percevoir une indemnisation convenable.
Aussi, encore, désormais, pourra être exigée une application rigoureuse de toutes les dispositions sociales, des règles de sécurité, d'hygiène, de paiement correct des heures supplémentaires effectuées, etc.
Déjà, nous aurons acquis cela.
Mais, en outre, sera établie une véritable sécurité sociale universelle. Tous les frais de santé urgents de tous les résidents seront pris en charge par l'État. C'est une mesure de simple humanité, et ne négligeant même aucun service de proximité nécessaire.
Et ils seront pris en charge, non seulement totalement, sans absurde ticket modérateur, puisque urgents, mais sans même aucune avance, l'État intervenant directement comme tiers payant.
Bien sûr, cela implique qu'on en finira, une bonne fois, avec les interventions, les prestations superflues.
Bien sûr, cela implique qu'on en finira, aussi une bonne fois, avec ces ordonnances surchargées, qui font déborder les armoires, et remplir les poubelles de produits qui soulageraient si bien tant de gens de par le Monde.
Du reste, bien sûr, cela implique que cette industrie pharmaceutique qui, comme toutes autres industries, actuellement, ne recherche que débouchés et profits, sur le dos des malades, ce qui, vraiment on le comprend, est insensé, sera étatisée.
Cela implique, enfin, que non seulement, tout de même, tous les médicaments, tous les soins devront être au-dessous de tout soupçon, mais, aussi, que tout sera fait pour qu'en tout domaine, soit mise en œuvre une action préventive (conseils médicaux face à un abus de tabac, d'alcool, vaccinations contre la grippe, encouragements à la culture physique, etc).
En outre, encore, sera garantie pour tous, et par l'État (ce ne peut être une source de profit), une pension de retraite de base au moins égale à la rémunération minimale, et acquise au moins dès les 60 ans. Mais, mieux, car nous ne voyons guère comment faire confiance à des fonds de pension promettant le remboursement d'une dette remontant à des dizaines d'années, mieux nous laisserons à tous ceux qui le désirent la possibilité, quoique sur cotisation normale, évidemment, la possibilité de souscrire auprès de l'État, une assurance plus confortable.
Enfin, nous parerons même à l'exceptionnel. Non seulement sera rendue obligatoire, pour toutes les personnes, morales comme physiques, une assurance responsabilité civile totale auprès de l'État. Ceci non plus ne peut être une source de profit. Mais encore, en cas de calamités extraordinaires, l'État indemnisera, et immédiatement, toutes les personnes qui en auront été victimes, s'arrangeant lui-même ensuite avec les éventuels fautifs.
Ainsi, vraiment, semble-t-il, se trouveront protégées contre tout risque majeur, toutes ces personnes dont l'État, après tout, est responsable.

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