LUCETTE ET LES OIES

L'automne était revenu. C'était après le repas de midi de quel¬que journée encore ensoleillée. Lucette avait ouvert, dans la salle de séjour, la fenêtre qui donnait sur la rue, en haut d'un petit talus. Ainsi, joyeusement, pouvait-elle deviser avec tous ceux qu'elle avait connus parmi le flot d'élèves qui, à cette heure-là, descendait du haut du village pour se rendre en classe.
Et, quelque autre après-midi qui suivit, elle m'avait emmené à la grande ferme qui bordait presque tout l'autre côté de la rue. Au bout de la chaumière de mes parents, on avait traversé la route. On avait monté une majestueuse entrée. Elle était alors ornée, sur les côtés, de bornes qui soutenaient des guirlandes de chaîne et derrière lesquelles poussaient deux riches tapis de gazon. Les battants de la grille, ouverts dans la journée, tenaient a de très hauts piliers de brique. Celui qui était du côté de notre maison se rattachait à un mur entourant un immense jardin,

l’autre, un gigantesque corps de bâtiments.



Nonchalamment, le chemin de la cour tournait vers la gauche, vers ce côté où, à partir du devant des pièces habitées, descendait doucement une magnifique pelouse.

Au plus haut point dominait, bien posée sur son bâtis, une grosse meule à affûter. Et, non loin de là, flânaient une troupe d'oies et son terrible jars. Sans doute Lucette ne s'en était-elle pas méfiée. Quoi qu'il en soit, sifflant et tendant le cou, celui-ci fondit sur elle. Aussi jamais plus, malgré toutes les risées qu'elle en essuya, ne voulut-elle revenir à la ferme.

espace privé