BATEAUX ET CHATEAUX

Ce dimanche-là, du côté de l'ouest, nous avions descendu le Fouille-broque, la Lieure, l'Andelle, atteint la Seine. Et, dans une modeste barque, nous étions même en train de glisser doucement sur les eaux du fleuve.


Lentement, nous abandonnions les saules et le moulin rose de Saint-Adrien, sur la rive droite. Nous nous approchions d'une grande Île. Tout était d'un calme reposant. Du mélodieux clapotis de ses rames, mon père rythmait l'enfantine ritournelle que me chantait ma mère: "Bateau sur l'eau, dans la rivière, au bord de l'eau, à la porte du château, j'ai perdu mon petit couteau! Qu'est-ce que maman va dire! Papa encore pire !"
Et, penché sur son bras, mollement bercé, j'imaginais quelque folie du XVIIIe siècle. De là jusqu'à une très large rivière, une immense pelouse descendait en pente douce. Mais, bientôt, non loin de nous, des amis interpe1laient mes parents. Et tout s'évanouit dans les blagues et les rires.
Puis revenait sans cesse une certaine maison. Elle était assez simple. Pourtant elle me transportait de joie. C'était, au haut d'une butte de gazon, une large et haute maison de jolies briques bien rouges et de belles ardoises bleues. Ce qui m'agréait par-dessus tout, c'était la magnifique symétrie de l'ensemble. Puis divers ornements menaient à son comble mon enchantement: des débordements dans le mur, des dentelles de zinc aux toitures, le clocheton du sommet, la fine aiguille du paratonnerre. Aussi, par l'allée sablée qui conduisait à la porte centrale, j'avançais comme entrant dans un merveilleux livre de contes.
Cependant, un après-midi, je découvris plus magnifique encore.
Plus grandiose et sous une plus belle perspective, derrière des parterres fleuris
et de vastes esplanades, m'apparut un véritable château.

Des balustrades à élégantes colonnettes ornaient un majestueux perron.

Je croyais rêver et voyais déjà partout aller et venir,
dans leurs brillants atours, des marquises et des princes.

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