BUIS ET CRUCIFIX

L'automne était venu. Et, un après-midi, on m'emmena à pied, bien loin de chez moi. Par une route empierrée, nous nous dirigions toujours vers le nord.
A une centaine de mètres de la maison, on contourna sur la gauche, l'église et, derrière un petit talus, la place toute herbue. Puis, après une longue mais douce montée, on descendit sur les Basses Landes. Ici, on laissa le chemin qui relie directement le village, Puchay (prononcer Puché), dans le Vexin normand, au bourg de Lyons, situé au beau milieu de la forêt voisine, le fameux chemin dont parle Charles Nodier dans Le chien de Brisquet. On obliqua à droite sur les Hautes Landes.


Au bout de deux bons kilomètres de marche en tout, on prit enfin, sur la gauche, un chemin vert. Il aboutissait à une demeure toute simple, de brique et d'ardoise, placée sur la droite pour faire face au soleil. Et on se trouva bientôt, par une porte à droite, de nouveau, dans une chambre très sobre, que, grâce à deux belles ouvertures, une tendre lumière, venue du plus profond du ciel, baignait entièrement. Alors, couchée dans un très haut lit ancien, en longue chemise blanche, une jeune femme brune au teint pâle me sourit. Accroché au mur, au-dessus de sa tête, je remarquai un petit crucifix avec son brin de buis.
On revenait. On avait repris la route de Lyons à Puchay. Et, à quelque cent mètres de là, on avait atteint, sur la gauche mais presque de face, le vieux chemin plein d'herbe qui conduisait tout droit au Thil, un autre village à trois ou quatre kilomètres.
Et, dans l'angle, s'élevait un calvaire. C'était une simple croix surmontant un pi lier de pierre précédé de quelques marches, le tout alors fermé en carré, au-devant, par une barrière et, sur les trois autres côtés, par une haie de buis. Aussi, spontanément, je l'associai à ce que je venais de voir sur le mur de la chambre. Mais la lumière s'était ternie et, dans le ciel, s'amoncelaient de gros nuages sombres.
Plus tard, devant moi, on parla souvent d'une certaine grande amie de ma mère, Marthe Garin. Et on n'omettait jamais d'ajouter qu'elle m'avait tendrement aimé et que, très malade, poitrinaire, elle avait effectivement manifesté le désir de me revoir. C'était quelques jours avant de mourir.

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