RUCHES ET NICHE

En contrebas, cette longue chaumière atteignait une rue perpendiculaire à sa façade.
A partir de là, pour clore la cour, longeaient la rue en descente, deux palissades de lattes étroites, écartées, simplement taillées en pointe et noircies par le temps, palissades enserrant un très large portail à deux battants, de même facture et toujours ouvert. Puis, juché tout au bord d'un talus de plus en plus élevé, s'allongeait le dos de la maison de mes grands-parents maternels, ma véritable demeure, en somme. En effet, chaque matin, ma mère partait faire classe à 25 km d'ici.


C'était une grande maison en brique, toute couverte d'ardoises.
Elle allait à peu près jusqu'au dos de la villa voisine. Sur tout le devant, après un large trottoir, en brique aussi, s'étendait une cour assez profonde et bien gazonnée. Sur la gauche, vers le fond, y poussait un bel et grand noyer. Sur le milieu, toujours vers le fond, abritait l'endroit réservé au chien, un très haut poirier sauvage. C'était ici que je passais le plus clair de mon temps. Blotti contre la niche, je serrais dans mes bras un petit fox blanc à larges taches noires.


A la droite de ce lieu privilégié, on accédait au jardin. Au-dessus de la barrière en bois à claire-voie, un arceau de charmes se prolongeait, de part et d'autre, en magnifiques haies. Et, au-delà, je venais souvent écouter bourdonner, au-dessus d'un immense potager carré, une multitude d'impatientes abeilles. En effet, dans le coin du côté du noyer, sur une grande table, avaient été disposées deux maisonnettes miniatures en bois, des ruches.
Tout à l'heure, des œuvres d'art m'exaltaient tout entier. Maintenant, c'était la nature elle-même qui saisissait tout mon être.


Mon petit domaine

espace privé