SURVOL

Avant d’en venir à l’autobiographie, je voudrais proposer un survol rapide de ce que j’ai vécu.

Quelque neuf ans après la première guerre mondiale, dans l’ouest du Vexin Normand, dans un petit village appuyé contre la forêt de Lyons, à l’abri d’une vieille chaumière, j’ai passé une enfance entourée de deux pauvres ouvriers de campagne, mes grands-parents maternels. Ma grand’mère avait été « catholique » pratiquante, et était restée croyante. Mon grand-père était franc-maçonnisant, et votait radical. Et la discussion était vive lorsque, certains dimanches, venait mon père, acquis, comme fils d’une de Genteville, aux idées maurrassiennes.Elle était moins difficile avec son autre seul gendre, qui se moquait parfaitement de tout fracas d’idées, qui considérait l’ensemble des hommes politiques comme une bande de requins affamés, mais qui, néanmoins, en 1936, fut la première, et unique voix communiste de la commune. Et c’est par l’Internationale qu’il clôtura la journée de ma première communion.
C’est dans cette ambiance, donc, que, dès cette époque même, je me fixais successivement trois résolutions : raconter ma vie, semer des idées politiques, classer les connaissances. Et, pour tout ce faire, j'amassais notes sur notes.
En 1941, à 14 ans, en raison d'une piété persistante, on crut que j'étais appelé à devenir prêtre. Et tel Renan, Combes ou Staline d'ailleurs, je fus placé dans un petit séminaire. Là, ne portant aucun intérêt pour le monde extérieur de l'époque, je suivis une vie monastique dans toute sa pureté, et compris alors que la loi fondamentale, c'est le dévouement envers les autres.
En 1946, études secondaires terminées (latin, grec, sciences de la vie) je repris mon indépendance. Mais, pauvreté oblige, je ne pouvais songer à poursuivre mes études. Au reste, je désirais faire l'expérience de la vie d'usine, et de me retrouver dans une petite fabrique de ressorts, de munitions, la grande fabrique d'autos Citroën, la grande fabrique de produits chimiques Kulhmann, le tout tantôt comme ouvrier, tantôt comme employé de bureau, le tout entrecoupé d'une année à l'École de journalisme de Lille (lettres et droit), et de mon service militaire dans l'armée d'occupation en Allemagne.
En 1949, dans le Nord, par désir de fonder une famille, j'adoptai une situation stable, celle de l'enseignement et, l'année suivante, comme enseignant donc, je partais en Algérie, dans la petite Kabylie. Là, je découvris la chaude amitié des autochtones, qui me firent prendre conscience d'une entité que j'ignorais: la France des droits de l'Homme. Le contrat de 3 ans expiré, j'étais recruté par la Seine-Maritime. Alors, je préparai, sans m'y présenter, l'E.N.A., l'École nationale d'administration (droit, histoire), et publiais un opuscule, « Solutions politiques », puis un essai «L'Afrique à l'heure française », dont me félicitèrent quand même Félix Houphouët-Boigny, futur président de la côte d'Ivoire, et Marcel Naegelen, qui avait été ministre de l'Éducation Nationale, gouverneur général en Algérie, et, en 1953, le candidat de la gauche à la présidence de la république. Mais, toujours tenté par la scolarisation de l'Outre-Mer, en 1960 je rejoignais le Maroc, Tétouan, et pour 8 ans même. Là, d'ailleurs, au collège israélite francophone, mes enfants poursuivirent leurs études.

Au retour, je pensai que, aussi bien pour ma situation que pour mes projets, il serait bon que, tout en travaillant, évidemment, je reprenne des études officielles. C'est ainsi que je suivis une 1ère année de faculté de sciences (mathématiques, physique, chimie), et que j'allai jusqu'à la maîtrise de sciences humaines (Histoire, géographie, philosophie).
Retraite prise, je me lançai de plus belle dans l' accomplissement de mes 3 travaux. Et je publiai donc « Souvenirs d'un nouveau-né », «L'Idéothèque », soit une introduction à un classement des connaissances, salué par Jacques Rueff, chancelier de l'Institut, comme «une fresque prestigieuse », «un ensemble puissant », et un manifeste politique.
Et, peu à peu, je compris que le salut ne pouvait venir que de la gauche de la gauche, (maintenant partie à droite, du reste) qu'incessamment, j'essayai de réunir. C'est pourquoi, aujourd'hui, à l'appui des envois que j'ai faits à tous ceux qui, lors des dernières élections, se sont présentés sous cette couleur, je publie cet ouvrage.

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